Hommage à Nicolas

Nicolas Desroches nous a quittés le samedi 18 août 2018.

Nicolas était régisseur technique de la Pyramide depuis 26 ans.

Le 25 août à Bracieux, Jeanny LORGEOUX, Maire de Romorantin-Lanthenay, a prononcé cet éloge funèbre.

« Repose ici, Nicolas, dans notre terre de Sologne, dans l’humus de Bracieux, à quelques coudées de Chambord, là où tes parents pleurent ton envol vers les cieux, là où tu as humé les senteurs de nos bois, taillis et futaies, ajoncs et genêts, mousses et lichens, de nos bouleaux scintillants dans la lumière oblique du soleil rieur ou attristé.

Repose ici, Nicolas, près de nos ruisseaux, nos mares et nos étangs où nos guernazelles coassent dans un tonnerre ludique composant un concert assourdissant ; où nos grenouilles offrent leurs cuisses grillées aux gourmets français, tandis qu’outre-Manche elles donnent prétexte à un Brexit gastronomique.

Repose ici, Nicolas, sous les nuages lourds et tourmentés de notre Sologne, où la course éperdue de la lune montre la nuit, le chemin inconnu d’ici-bas.

C’est parce que tu as exploré, avec ceux que tu aimais, ces horizons enfouis et secrets de nos broussailles que tu as éprouvé l’irrésistible besoin de conquérir le ciel. Ta soif d’absolu, de tout connaître, comprendre et embrasser, ton esprit de liberté t’ont conduit là-haut où les frontières n’existent pas ; où le vent est tourbillon et rôde à l’affût de n’importe quelle trajectoire, lovant, coulant, cajolant, mais aussi freinant, brutalisant, giflant, violentant, jusqu’à projeter au sol. Et nous, pauvres humains, dont l’ambition et le cœur nous invitent à repousser nos limites, nous devenons, en un instant, le jouet des forces de la nature et du cosmos.

Le rêve d’Icare – voler comme un oiseau – le vertige de l’espace, la passion de l’ultime, nous élèvent, nous submergent, nous transcendent : nous exaltons alors le meilleur de nous-mêmes, nous exultons ; par bribes, par flashs, par éclairs, nous touchons au bonheur.

C’est ce que Nicolas prisait, et humait en longues goulées d’air pur, à la recherche sans cesse renouvelée de sa destinée, sillonnant et zébrant le ciel de fantastiques chevauchées.

Repose ici, Nicolas, parmi les tiens, car, pour brève qu’elle fut, ta vie fut intense, chaleureuse, généreuse. Le théâtre des lutins t’avait appris rôle et vérité, l’être et le paraître ; dans notre Pyramide, à Romorantin-Lanthenay, par le jeu des ombres et des lumières, tu recréais, à chaque spectacle, des univers colorés et profonds, comme pour sonder les âmes. Et, si tu vivais dans le noir et t’habillais en noir selon ta formule, ton esprit était lumineux.

Car tu possédais tellement la technique des sons et des rayons que tu voulais aller plus loin, plus haut : tu voulais saisir le sens des choses. Il m’est arrivé un jour de te questionner sur la joie mélancolique qui brillait parfois dans tes yeux. Aujourd’hui, je crois comprendre que ta réponse, esquissée dans un seul sourire bienveillant, était que la vérité est qu’il n’y a pas de vérité : tout est un et multiple ; tout est bruit et silence ; tout est joie et chagrin.

Nicolas, tu manques cruellement à tes parents, ta famille, tes amis. Repose ici, en paix. Chez nous. »